C'est sans doute l'une des mutations qui aura le plus rapidement gagné la télé. En quelques mois, la social TV a commencé à s'imposer partout, ou presque. Il suffit d'ailleurs de regarder dans son propre salon pour se rendre compte de l'ampleur du phénomène : nous sommes de plus en plus nombreux à regarder la télévision avec un autre écran sous les yeux, un smartphone, une tablette ou un ordinateur portable.
Aux Etats-Unis, les chiffres sont impressionnants, comme l'explique Eric Scherer, directeur de la prospective chez France Télévisions : " En un an, la social TV a fait un bond de 18 points d'usages outre-Atlantique. Désormais, 62% des téléspectateurs américains utilisent un réseau social pendant qu'ils regardent la télévision. En six mois, les programmes télé ont ainsi suscité plus de 350 millions de conversations. Les commentaires liés à des programmes de télé postés sur Twitter et les autres réseaux sociaux sont passés de 8,8 millions à 76 millions en juillet ".
Avec des pics impresionnants au moment des JO (on a comptabilisé jusqu'à 80 000 tweets par minute au moment de la finale d'Usain Bolt) ou des débats de la présidentielle américaine :
C'est l'un des grands atouts du média télévision face aux réseaux sociaux. A la différence de la presse écrite, par exemple, elle peut continuer à être consommée en même temps que les réseaux. Elle est naturellement plus compatible avec les nouveaux usages de multitasking de l'audience dont elle peut ainsi espérer conserver une part de l'attention. Du coup, alors que la "consommation" de réseaux explose, la consommation de télévision ne recule pas, au contraire, elle continue d'augmenter selon les derniers chiffres :
Une situation nettement plus confortale pour s'adapter à cette mutation numérique et conversationnelle !
Et en France ? Si le phénomène n'est pas encore aussi imposant qu'aux Etats-Unis, il est bel et bien présent. Toutes les chaînes ou presque sont touchées, et les programmes sont de plus en plus nombreux à baculer dans la social TV. Séries, téléréalité, grands directs ou informations sont aujourd'hui les plus commentés.
#FPCFPC : extension du domaine de la fiction sur les réseaux sociaux
Pour sa cinquième saison, l'une des séries phare de France 2 a basculé sur les réseaux sociaux, comme l'explique Antonio Grigolini, en charge de la Social TV à France Télévisions : " L'un des personnages emblématiques de Fait pas ci fait pas ça, l'un des plus appréciés par les télespectateurs, Fabienne Lepic, a désormais sa page Facebook. Dans la série, Fabienne est adjointe au maire de Sèvres, l'idée était donc de continuer la fiction sur Facebook. Fabienne Lepic a une page Facebook "crédible" et en tout point semblable à cette qu'une femme politique locale pourrait avoir. Elle n'y annonce pas les épisodes, elle n'y diffuse pas les bande-annonces de l'émission ou les scores d'audience, ça c'est pour la page Facebook officielle de la série, mais elle continue son personnage de la série. Pour cela, la page est animée par les scénaristes, comme une véritable extension de la série.
Et les télespectateurs jouent le jeu ! Ils viennent s'adresser directement au personnage, lui demandant des nouvelles, la félicitant pour une décision prise dans un épisode, l'avertissant de quelque chose survenu à un autre personnage dont elle ne peut pas encore avoir eu connaissance. Ils entrent dans la série, et Fabienne Lepic entre en conversation avec eux, leur répond, echange ".
Une présence qui s'adapte également en fonction des personnages : " Pour Tiphaine Bouley, qui est plus jeune, nous avons plutôt opté pour un compte Twitter, lui aussi alimenté par les scénaristes, pour coller aux usages qui ont vu les adolescents s'emparer en masse de Twitter depuis quelques mois. Pour la sixième saison, nous réfléchissons à la façon dont cette extension de la ficiton sur les réseaux pourrait s'intégrer au mieux dans les épisodes diffusés à l'antenne "
#ADP : la social TV malgré nous
C'est l'un des phénomènes de socia TV emblématiques en France. Depuis plus de deux ans, L'Amour est dans le pré cartonne sur les réseaux. Il suffit de se promener sur Twitter un lundi de diffusion pour s'en rendre compte. Difficle, pour ne pas dire impossible, d'échapper au hashtag qui termine immanquablement en TT du réseau : #ADP.
Mais le plus intéressant est sans doute la dimension spontanée de ces conversations. Si aujourd'hui la nouvelle application de M6 Replay permet de regrader en direct l'émssion tout en suivant le fil des conversations qu'elle suscite sur twitter ou Facebook, l'amour est dans le pré a véritablement existé en dehors de la chaîne. Celle-ci n'a pas eu à mettre en place de dispositif particulier, de stratégie poussée de social TV. Elle doit au contraire accompagner presque discrètement la conversation, ne pas trop intervenir dans les conversations des internautes qui se sont véritablement approprié l'émission sur les réseaux.
Et ce n'est d'ailleurs pas la seule. Les émissions de ce type, mélange de téléréalité soft et de jeux, font partie de celles qui cartonnent en social TV. Un coup d'oeil à l'Observatoire Mesagraph de la Social TV permet de s'en rendre compte. Pour la semaine du 19 au 25 novembre, quatre d'entre elles squattent le palmarès :
Avec, à chaque fois, des dispositifs de chaîne assez réduits. Si l'émission dispose d'un compte Twitter, c'est surtout celui de Denis Brognart, l'animateur, qui est le plus suivi.
Ne pas en faire trop, c'est parfois la clé de la réussite...
#Mediaslemag : jamais sans mon écran compagnon
C'est la seconde étape de la social TV, l'écran compagnon, celui qui augmente l'expérience d'une émission télé.
C'est par exemple le cas de Médias le mag, présenté sur France 5 par Thomas Hugues. Enregistrée le vendredi, l'émission est diffusée le dimanche et gagne à être regardée avec sa ta tablette sur les genoux. C'est là que l'émission se retrouve "augmentée", comme l'explique Antonio Grigolini : " Sur sa tablette, le télespectateur se voit proposer un contenu complémentaire en lien avec ce qui se passe dans sa télévision. Lorsque Thomas Hugues présente un invité, sa bio complète, le lien vers son compte Twitter, les références de son dernier livre apparaissent simultanément sur la web app de l'émission. Si l'un des chroniqueurs parle de la défiance du public envers les médias, apparaît la courbe de ces chiffres et l'étude dont elle tirée. Le télespectateur peut alors suivre ce que nous lui proposons dans l'ordre de l'émission, mais il peut aussi l'explorer comme il le souhaite, pendant ou après l'émission ".
Et en matière d'écrans compagnons, on découvre des idées assez extraordinaires. Comment ne pas parler du "Walkers kill count" qui propose aux fans de Walking Dead de comptabiliser les zombies tués (et avec quelle arme) dans chaque épisode en essayant de s'approcher le plus possible du chiffre réel afin de gagner des bonus ?
Ou, encore plus réussi, l'application "Heineken Star Player", qui collera un smartphone dans les mains de plus d'un télespctateur de foot de Premier league anglaise puisqu'il s'agit à chaque coup de pied arrêté, de pronosticer en quelques secondes la suite de l'action : but, contre du gardien, tir non cadré ? Chaque bonne réponse rapporte des points immédiatement partagés sur les réseaux sociaux, histoire de montrer aux autres qui est le vrai pros du foot en canapé :
#Motscroisés : augmenter le débat
L'info et le débat n'échappent pas au phénomène, au contraire. J'ai déjà eu l'occasion de vous parler à plusieurs reprises de l'intégration de la social TV chaque lundi dans Mots Croisés (disclaimer : je travaille chaque semaine sur cette émisssion). J'en ai même profité pour vous faire découvrir les coulisses du dispositif. Et l'appétit de l'audience ne se dément pas. Lundi 26 novembre, lors de l'émission consacrée à l'implosion possible de l'UMP, ce sont ainsi 10 000 tweets qui ont alimenté la conversation autour de Mots Croisés.
Des chiffres qui explosent littéralement lors des grandes émissions d'info en première partie de soirée, comme Des Paroles et des Actes. Ainsi, en octobre, lorsque Jean-Marc Ayrault était l'invité de David Pujadas, ce sont 43 126 tweets qui ont été émis pendant l'émission, en faisant ainsi la deuxième émission la plus commentée de la semaine sur les réseaux sociaux. Et la pollitique n'intéresse plus personne ?
Il y a un peu plus d'un an, on pouvait déjà entrevoir qu'entre Twitter et la télé, nous en êtions aux prémices d'une grande histoire d'amour. Et cela va sans doute encore s'accentuer, tant ce chantier est stratégique pour les chaines de télévisions au moment où les géants du numérique viennent chasser sur leurs plates-bandes (il suffit de voir les publicités pour Youtub qui fleurissent dans le métro parisien) :
Pour Eric Scherer, les groupes de télévision ont tout à gagner à miser dessus : " la social tv est clairement l'une des stratégies qui permettra aux groupes télévisuels d'augmenter le temps passé par l'audience devants leurs programmes, et donc leurs revenus publicitaires. Elle permet non seulement d'enrichir l'expérience télévisuelle classique, mais de transformer une audience passive en une audience active, engagée. Elle fait vivre les programmes avant, pendant et après leur diffusion, elle offre la possibilité de travailler sur de nouvelles formes narratives, mais aussi de continuer à être le rendez-vous incontournables des grands événements ".
Dans nos salons, la bataille des écrans compagnons ne fait que commencer...
















