C'est désormais certain : 2013 verra la fin de l'un des plus grands empires médiatiques que la France ait connu ces 30 dernières années. Depuis quelques semaines, la vente à la découpe des restes du groupe Hersant s'accélère.
Après des mois d'agonie, étranglé par des dettes colossales, le groupe Hersant voit maintenant les repreneurs se multiplier à son chevet pour se partager les restes du gâteau.
Les quotidiens antillais pour l'ancien patron de Sud Ouest
Longtemps considéré comme des bijoux de la couronne, et les machines à cash du groupe, les quotidiens antillais d'Hersant vont changer de main. France Antilles Guadeloupe et France Antilles Martinique sont bien entendu convoités par des investisseurs locaux. Mais ce serait Bruno Franceschi qui tiendrait la corde. L'ancien président du directoire de Sud-Ouest, qu'il a quitté l'été dernier serait en effet sur les rangs.
Et l'homme connaît bien le groupe et les quotidiens en question, puisqu'entre 2001 et 2005, il avait été le directeur général des activités Antilles-Guyanne du groupe Hersant. Selon plusieurs sources, il aurait réuni une dizaine de millions d'euros pour reprendre les quotidiens antillais.
La Provence, Nice Matin et les autres :
Bernard Tapie, Etienne Mougeotte et François Pinault dans la course
Il y avait bien longtemps que d'aussi grands noms ne s'étaient pas penchés de près sur des quotidiens régionaux. Pour les quotidiens du sud, les choses s'accélèrent et se compliquent en effet chaque jour, ou presque. Si l'annonce de Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône ne semble pas prise très au sérieux, les candidats à la reprise sont chaque jour un peu plus nombreux. Etienne Mougeotte qui s'est allié pour la circonstance à l' industriel franco-libanais Iskandar Safa, semble intéressé par la reprise de Nice-Matin et Corse-Matin. Mais pas de la Provence.
Bernard Tapie de son côté, a confirmé sur France Bleu Provence qu'il était sur les rangs pour une participation globale : « Ce n'est pas La Provence qui m'intéresse, c'est une participation dans l'intégralité des quotidiens du Sud ». Selon lui, les actionnaires du groupe Hersant « n'ont pas l'intention de vendre tel ou tel titre pour le moment ». « Ou ils trouvent une solution qui satisfait à la fois le tribunal de commerce et les banquiers (...), ou ils n'y arrivent pas, et à ce moment-là, on envisagera d'autres solutions. Je fais partie, sans plus, d'une de ces solutions ».
Pour Médiapart, la cause est entendue : Bernard Tapie veut partir à la conquête de la mairie de Marseille en 2014 et entend bien se servir des puissants quotidiens régionaux comme tremplin.
Dans la foulée on apprenait que le milliardaire François Pinault serait lui aussi intéressé par ces mêmes quotidiens du sud. Un intérêt soudain et étonnant de la part de celui qui s'est retiré du secteur, à l'exception du Point. Pour Le Figaro et Médiapart, et pour de nombreux observateurs, c'est l'Elysée qui serait à l'origine de l'entrée de François Pinault dans la course. Peu désireux de voir Bernard Tapie se lancer à l'assaut de la mairie de Marseille, François Hollande aurait convaincu François Pinault de se porter acquéreur de La Provence. Celui-ci aurait d'ores et déjà chargé Franz-Olivier Giesbert de monter le dossier en urgence.
L'Union, L'Est-Eclair, Liébration Champagne et l'Aisne Nouvelle dans l'escarcelle belge
De l'autre côté du pays, en Champagne-Ardenne, les jeux semblent fait. Sauf très grosse surprise de dernière minute, les quotidiens Hersant de la région (L'Union, L'Est-Eclair, Liébration Champagne et l'Aisne Nouvelle) devraient donc tomber dans l'escarcelle du groupe belge Rossel, dirigé par Patrick Hurbain.
Malgré les interventions répétées de Jean-Paul Bachy, le président du conseil régional, auprès du gouvernement pour pousser le dossier "local" de Jacques Tillier, il y a peu de chance que les choses bougent désormais de ce côté.
A l'Ouest, Paris-Normandie toujours en difficulté
Enfin, à l'ouest, les jeux sont faits et ne concernent plus le groupe Hersant. Le pôle normand (Paris-Normandie, Le Havre Libre, Le Havre Presse) a frôlé la liquidation pure et simple mais a été repris début août par le duo de journalistes Denis Huertas et Xavier Ellie. Pour autant, Paris-Normandie est loin d'être tiré d'affaires et l'année 2013 sera décisive. Pour le moment, les deux hommes ont réussi à "ne supprimer" que 85 emplois sur 357, mais la situation des quotidiens normands est toujours inquiétante.
Paris Normandie repris par Xavier Ellie et Denis... par France3Haute-Normandie
En 2013, le feuilleton de la chute de l'empire Hersant devrait donc continuer et se terminer. A force, il n'y aura plus rien à vendre.




















