Comment Twitter a pris d'assaut les médias en 6 dates


Il n'aura fallu que 18 petits mois à Twitter pour conquérir les rédactions et s'imposer dans les pages, dans les télés et sur les radios de France. Histoire d'une conquête en six dates.

C'était il y a peine plus d'un an, en septembre 2011. Après y avoir fait trois petits tours pendant deux mois, Laurent Joffrin laissait tomber son jugement définitif à propos de twitter : " Twitter, le réseau qui gazouille, est une drôle de volière. Je dois dire franchement, pour le fréquenter depuis deux mois, que j’y ai trouvé peu d’aigles mais beaucoup de linottes, de perroquets et de corbeaux ".
 

Un an après, le patron dela rédaction du Nouvel Obs n'a sûrement pas changé d'avis, ce n'est pas son genre, mais il doit constater comme tout le monde que Twitter a gagné la bataille des médias. Et avec lui les autres réseaux sociaux, Instagram et Facebook en tête. Après avoir conquis les rédactions, les réseaux sociaux se sont aujourd'hui fait une place impressionnante dans les médias eux-même. Dans les pages des journaux, à la télévision, à la radio, ils sont partout, Twitter en tête !

Si comme Laurent Joffrin vous êtes un aigle qui suivez de près la grande actualité de la semaine, le conflit de l'UMP, impossible d'y échapper. Dans Le Monde daté de mardi dernier, pas une page consacrée à l'UMP qui ne fasse référence aux réseaux et au numérique en général :

 

" Après une nuit de bataille, sur Twitter, lundi matin, le ton était à l'ironie : " Bal tragique à l'UMP : un ou deux morts, les chiffrent divergent", résume un internaute "
" Mariage pour tous, ça avance ! L'UMP a deux papas ! Bernard Roman, député socialiste du Nord et fervent défenseur du mariage pour les homosexuel, sur son compte Twitter "
 pouvait-on lire dans les premières pages du quotidien du soir.

 

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Même constat dans Libé de jeudi, qui lui aussi injecte sa dose de Twitter dans son article de une, en reprenant un tweet d'Alain Juppé :

 

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Sur le même sujet, près de 5 000 tweets ont été envoyé lundi à loccasion de l'émission que Mots Croisés* consacrait elle aussi au sujet :

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Finalement, il n'aura fallu que 18 petits mois à Twitter pour entrer dans la majorité des rédactions de France et s'installer régulièrement dans les médias. Avec comme principale tête de pont la politique et ses événements. Remontons le fil de l'histoire en quelques tweets...

 

En avril 2011 Twitter n'est encore qu'un épiphénomène dans les médias français. Des dizaines de journalistes sont déjà présents sur le réseaux, mais ils restent une minorité et le réseaux n'a que très rarement droit de cité au sein des médias. Bien peu le considèrent comme une source possible et la plupart des rédactions y jette un regard dédaigneux, inquiet, amusé ou sans opinion. La situation va changer en quelques semaines.

 

Mai 2011 : #DSK

c'est le premier tweet à véritablement défrayer la chronique en France. En 122 cractères, un quasi inconnu fait retentir un coup de tonnerre dans les rédactions de France.

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La suite de l'histoire DSK, on la connaît. Twitter n'apparaît encore que très peu dans les médias, mais les rédactions françaises commencent à comprendre qu'ils se passe quelque chose sur ce réseau. Beaucoup découvrent que c'est sur ce réseau que l'assaut sur la résidence de Ben Laden avait été annoncé en premier, que les révolutions arabes s'y jouent également, bref, qu'il devient important d'y jeter un oeil.

Les sceptiques sont encore nombreux, bien sûr. Sur AuFéminin.com, Elizabeth Tchoungui se fait leur porte-parole dans un billet qui restera dans les mémoires (ou pas) : Ma concierge s'appelle Twitter.
Mais la machine est lancée. Pour les autres journalistes, qui arrivent par paquet de dix chaque jour sur le réseau, il est évident que quelque chose est en train de se passer de ce côté. Les rédactions françaises n'ont pas encore adopté le mot d'ordre du patron des rédactions internationales de la BBC, « Les journalistes ne font pas leur boulot s'ils ne sont pas sur les réseaux sociaux », mais on s'en approche. Les deux mondes s'observent, se jaugent.

 

Septembre 2011 : #PrimairePS

La primaire socialiste marque les début d'une tweet-campagne. Pour la première fois, comme le pressentait Vincent Glad sur Slate, une campagne électorale française va aussi se dérouler en temps réel et sur les réseaux sociaux. Chaque candidat à cette élection interne, dont le déroulement sonne aujourd'hui cruellement aux oreilles de l'UMP, est présent sur Twitter. Dans quasiment toutes les rédactions, un ou plusieurs journalistes sont chargés de suivre leurs comptes, de ne pas rater les réactions, les annonces des uns et des autres.
Les articles fleurissent : ceux qui ont le plus de followers sont-ils les mieux placés pour l'emporter ? Quelles stratégies des un et des autres sur Twitter ? Qui l'utilise le mieux ? Qui dérape ?

 

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Janvier 2012 : #Présidentielle

Twitter (et Facbeook) peuvent-ils fausser la présidentielle ? La question, soulevée depuis longtemps par Guy Birenbaum, est de plus en plus reprise par les médias à l'apprcohe de l'élection. Les résultats vont-ils fuiter sur les réseaux sociaux avant la fermeture des bureaux de vote ? On questionne, on enquête, on constate que le Canada a modifié sa loi électorale pour s'adapter au phénomène, les journalistes interpellent le CSA. Les bases de la première soirée électorale que les rédactions vont vivre les yeux braqués sur Twitter son posées.

 

 

Mars 2012 : #NS contre #FH

Pour la première fois, la reine des campagnes électorales françaises va se jouer aussi sur les réseaux. Dans chaque camp, des équipes mettent au point des stratégies numériques. Les principaux candidats sont sur tous les réseaux, Twitter et Facebook en tête, mais aussi Instagram, Dailymotion... Le phénomène est encore trop récent, et les candidats pas assez "numériquement mûrs" pour que cela influe sur les résultats, mais les journalistes et les rédactions vivent leur première campagne sur les réseaux.

Les tweets de chaque candidats sont suivis, repris dans les journaux, à la télévision. On voit fleurir des rubriques spéciales "le tweet du jour, de la semaine", les journalistes spécialisés dans le numérique sont appelés à la rescousse pour expliquer, décrypter ce qui se déroule sur les réseaux. Pendant ce temps, des millions de français commentent la campagne sur Twitter et Facebook, s'enflamment, militent, s'enguirlandent.
Les soirs de débats, on regarde autant ce qui se passe sur le plateau de Des Paroles et des actes que sur ce qui s'en dit immédiatement sur Twitter, et les tweets les plus caustiques, amusants, pertinents sont désormais repris dans les médias eux-mêmes le soir même ou le lendemain.

 

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6 mai 2012 : #RadioLondres

Dès 17 heures, pas un journaliste de France qui n'a pas les yeux rivés sur Twitter le 6 mai 2012. Le réseau s'amuse avec #RadioLondres. Sur les plateaux télé et à la radio, c'est la soupe à la grimace : interdiction de dire ou montrer quoi que ce soit avant 20h, alors que les résultats circulent allégrement. Twitter s'amuse, les journalistes ne se demandent plus s'il faut y être ou pas, ils constatent qu'ils sont les derniers à pouvoir donner l'info la plus attendue du jour. Le phénomène reprendra de plus belle avec les législatives.

 

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12 juin 2012 : #Valérie

12 juin 2012, 11h56, Valérie Trieweiler lâche LE tweet de l'élection législative et met le feu aux rédactions de France. Le jour même le tweet est sur toutes les chaînes, lu et commenté sur toutes les radios. Le lendemain, il sera le premier tweet français à faire la une de plusieurs quotidiens partout en France. La bascule est faite, Twitter fait désormais complètement partie du paysage médiatique français.

 

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Il n'aura donc fallu que 18 mois pour que Twitter passe du statut de réseau inconnu et/ou regardé avec méfiance par la majorité des rédactions de France, à celui de source privilégiée, scrutée, utilisée et citée naturellement par les journalistes. 18 petits mois pour aller plus loin que Facebook encore dans cette adoption éditoriale, avec comme tête de pont de cette offensive, les soubresauts de la politique intérieure.
Et au vu des derniers jours, on pourra sans doute bientôt aujouter #lesfeuxdeladroite comme septième date ayant marqué l'irruption de Twitter dans la politique française :

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Bien sûr, le phénomène Twitter "bénéficie" aux autres réseaux sociaux. Depuis la tempête Sandy,I nstagram semble bien placé pour être le dauphin des réseaux favoris des journalistes. Si Le Point, L'Express ou Le Nouvel Obs n'ont encore osé mettre une photo trouvée sur instagram à la une comme l'a fait Time, ce ne serait pas très étonnant que cela arrive en 2013...

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D'ailleurs, instagram a même commencé à coloniser les pages de Elle, avec Twitter, Facebook et même Pinterest :

 

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Si on n'en est pas encore à composer ses unes avec des tweets comme The Gazette au Canada, on voit pourtant à quel point les linottes de Twitter ont gagné du terrain aurpès des journalistes. Sauf Laurent Joffrin, bien sûr !

 

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The Gazette - Obama from Bleublancrouge on Vimeo.

 

 

 

Par Erwann Gaucher le 23/11/2012 09:40:21

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