Les plans d'économies suffiront-ils à sauver les quotidiens ?


Plan d'économies au sein des quotidiens du groupe Sud-Ouest, plan d'économie au Télégramme, plan de mutualisation dans les journaux de l'Est... Tous les quotidiens régionaux y passent. Avec, au bout, le regroupent de la PQR ?

Ca tangue sur les bords de la Garonne... Le samedi 10 novembre, le quotidien était absents des kiosques suite à un mouvement de grève lancé à la suite de l'annonce du plan d'économie annoncé par la direction du groupe. Un plan qui prévoit 180 suppression d'emplois qui, selon les syndicats, devrait toucher tous étages du groupe : " 41 postes équivalent temps plein à la rédaction, dont la fermeture de trois agences à Auch, Pau et Angoulême, celle de 59 postes au pré-presse (composition, montage des pages...) et celle de 64 postes à l’impression "

Objectif annoncé par la direction dans un communiqué : " adapter l'organisation de Sud Ouest à un environnement économique difficile et de générer une économie de l'ordre de 12 millions d'euros sur ses coûts fixes permettant d'assainir sa situation financière et de poursuivre son développement numérique ". Ce qui ne rassure pas forcément et qui Danièle Hoursiangou du SNJ, interrogée par Fance Info :

 

 

Et Le groupe Sud Ouest n'est pas le seul à se lancer de tels plans. Tous les quotidiens régionaux sont touchés par ces mesures, à différents niveaux. Il ya ceux chez qui cela ne fait que commencer, encore timidement, avec l'espoir que cela n'est qu'un moment à passer, comme au au Télégramme. Au programme de ce plan d'économies : arrêt du gratuit lancé quelques mois auparavant à Quimper,  légère réduction de la pagination, non remplacement d'une dizaine de postes, déménagement du bureau parisien pour des locaux moins coûteux.

Dans les journaux de l'est, prorpiété du Crédit Mutuel et sous la houlette du truculent Michel Lucas, les économies sont aussi au programme pour les mois et les années à venir. Vente historique du siège de l'Est Républicain à Nancy pour 2 millions d'euros, mutualisation des outils informatiques, mise en place depuis quelques mois d'un bureau parisien qui alimentent en infos générales nationales et internationales l'ensemble des quotidiens du groupes... Et cela pourrait continuer.

Adepte d'un franc-parler qui détonne, Michel Lucas n'a pas caché la situation de ses quotidiens. Parlant de L'Est Républicain, il a même été très clair : « Sur les six premiers mois de l’année, L’Est républicain a perdu 2,1 millions d’euros, la publicité a chuté de 10 % et les ventes de 3 % »,

 

Des ventes qui ont chuté de 20% en un peu plus de 10 ans, une pub qui souffre

 

 

Un constat qui n'est pas vraiment meilleur du côté du groupe Sud Ouest. Comme presque tous ses confrères de la PQR, Sud Ouest souffre. Du côté des lecteurs d'abord.
Sud Ouest et les autres quotidiens du groupe (Midi Libre, Charente Libre, L'Indépendant, La République des Pyrénées, Dordogne Libre) ne parviennent pas à enrayer la chute du nombre de leurs lecteurs sur le papier.
En 10 ans, la perte sèche se chiffre aux alentours de 100 000 exemplaires, soit près de 20% des ventes. Et les dernières années ne montrent pas de grands signes d'améliorations. Si La République des Pyrénées et Dordogne Libre tirent leur épingle du jeu avec des ventes quasi stables depuis 2006  pour le premier et une baisse limitée à 2% pour le second, les poids lourds du groupe continuent de souffrir. Entre 2005 et 2012, Sud Ouest voit ses ventes reculer de 9%, Charente Libre de 10%, Midi Libre de 11% et L'Indépendant de 12%...

Pour enrayer ce mouvement, le groupe a fait de gros efforts pour pousser ses abonnements, comme la plupart des quotidiens régionaux. Avec un certain succès, puisque le nombre d'abonné a progressé de près de 20%. Mais le résultat ne suffit pas à compenser la chute des ventes au numéro, dont le niveau de 2011 est près d'un tiers plus bas qu'en 2000. Avec peu de signes de répit à l'horizon.

Et pendant ce temps, comme partout ailleurs, les autres revenus ont fondus eux aussi. Si la publicité locale a plutôt bien résisté, ne reculant que de quelques pour cent l'année dernière par exemple, la publicité extra-locale enregistre une chute qui friserait les 20% entre 2011 et 2012.

Quand aux petites annonces, elles ont ont été carrément siphonnées par la concurrence numérique. Depuis 2005, la perte de chiffre d'affaires serait supérieure à 10 millions d'euros pour ce seul secteur…

 

 

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Plan d'écoomie + mutualisation des moyens = encore des regroupements à prévoir

Sur le front du numérique, les résultats sont bons, très bons même. En tout cas en terme d'audience. Entre 2011 et 2012, l'audience web du groupe a encore progressé de 35%. Mais comme dans tous les groupes de presse régionale, la monétisation n'a pas encore été véritablement lancé, et la publicité numérique reste très timide. Malgré un chiffre d'affaires multiplié quasiment par quatre depuis 2006, le numérique est encore loin de compenser les revenus du papier qui ont fondu.

Face à ce constat, les plans d'économie et autres mutualisations annoncés ces derniers mois paraissent en effet inévitables et . Mais suffiront-ils ? Même s'il sont mis en place pour certains dès la fin de cette année, les premiers fruits ne seront pas visibles avant 2014 au moins. Entre temps, freiner la baisse des ventes et lancer la monétaisation des activités numériques sont les deux autres grands chantiers qui attendent les quotidiens régionaux. Et enfin, enfin, mettre les régies publicitaires en ordre de bataille sur le web, ce qui est encore loin d'être le cas la plupart du temps.

Conséquence logique de ces plans d'économies et de ces stratégies de mutualisation, le regroupement de la PQR en quelques grands groupes, déjà entammé depuis plusieurs années et qui devrait en toute logique continuer. Faut-il s'attendre, comme Michel Françaix, l'auteur du fameux rapport sur les aides à la presse, à se retrouver au final " avec 5 ou 6 journaux, 7 ou 8, de presse régionale. Nous ne pouvons plus empêcher les concentrations de presse – même si on peut les regretter " comme il l'expliquait dans une excellente interview sur Owni.fr ? Cela semble aujourd'hui quasi inéluctable.

 

 

Par Erwann Gaucher le 21/11/2012 05:14:15

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