Embauche des journalistes : les réseaux sociaux changent-ils vraiment la donne ?


Dans un secteur en pleine crise, la moindre offre d'embauche dans une rédaction est désormais diffusée en quelques heures sur tous les réseaux, et ce sont des centaines de CV qui atterrissent dans les mails des recruteurs.

C'est un signe sur l'état de santé de la profession de journaliste, et sans doute pas positif. Aujourd'hui, une annonce de poste rendue publique peut générer des centaines de candidatures en quelques heures.

 

Il y a une dizaine de jours, le journaliste Denis Robert annonçait dans un simple post sur son profil Facebook qu'il s'apprêtait à lancer un nouveau site d'infos et qu'il se mettait en recherche active de journalistes. Le lendemain, il criait grâce et demandait à nouveau sur Facebook de ne plus lui envouer de candidatures pour le moment. Bilan : plus de 300 CV reçus en 24 heures !

Sur ce blog, qui diffuse régulièrement des offres d'emplois, uniquement en CDI (treize au total en 2012), le partage des ces annonces explose à chaque fois. Plus de 1 400 partages twitter et 500 partages Facebook pour une offre de CDI au sein du quotidien Metro à Lyon en décembre, des chiffres encore plus importants quelques jours plus tard pour un poste de journaliste à Paris et presque autant en septembre pour un poste de journaliste radio basé dans le Nord, à Aulnoyes-aymeries...

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La (très) mauvaise conjoncture du secteur en pleine crise en France et en Europe y est bien entendu pour quelque chose. Mais les réseaux sociaux ne changent-ils pas eux aussi la donne, en faisant circuler de plus en plus vite la moindre opportunité qui se présente dans une rédaction, compliquant au passage le travail des rédacteurs et en chef qui recrutent ?

Eric Mettout, rédacteur en chef de L'Express.fr, a recruté une quinzaine de journalistes ces deux dernières années, et il a consaté lui aussi que le nombre de candidatures reçues à chaque offre "augmente, pas très vite mais régulièrement ces dernières années. La rapidité des réseaux fait qu'il est très difficile de décréter que la fin de la période de recrutement est achevée! Les réseaux sociaux sont devenus très importants, pour une raison assez simple : la manière dont les candidats s'en servent (pour eux-mêmes ou pour le boulot) est un critère majeur de qualification éditoriale, à tel point que nous repérons ceux qui y ont à l'aise avant même d'entrer en période de recrutement. C'est un signal, un flag. Par ailleurs, ils sont une source d'information: CV sur LinkedIn, production googlée, expérience sur Twitter ou Facebook... "

 

Je ne poste plus les annonces que sur Twitter. Pour un poste de rédacteur, on atteint vite la centaine

Pierre Chausse, rédacteur en chef de la locale parisienne de Metro, qui a lui aussi procédé à plusieurs recrutements ces derniers mois, confirme " Je note une augmentation du nombre de candidatures spontanées ces derniers mois et la multiplication de profils avec beaucoup d'expérience. Pour un poste de rédacteur, on atteint vite la centaine. Essentiellement reçues dans les 48 heures suivant la publication de l'annonce. La diffusion s'étant largement accélérée avec Twitter notamment, il m'arrive de crouler sous les CV et de ne pas pouvoir répondre à tous ".


Tous deux confirment l'importance qu'ont pris en quelques années les réseaux sociaux dans le processus de recrutement des journalistes : " LinkedIn essentiellement, Twitter quand ce sont des journalistes que je connais déjà IRL mais surtout à travers Internet, explique Eric Mettout. Je reçois également quelques candidatures par la poste, aussi, mais elles vont directement à la poubelle. Je ne fais quasiment pas d'annonce - pour ne pas dire jamais ". Quant à Pierre Chausse, il affirme ne plus diffuser les fiches poste et les annonces " quasi-exclusivement que sur Twitter, considérant qu'un journaliste en recherche d'emploi se doit d'être en veille sur ce réseau. Pour nourrir mon réservoir de pigistes, je pioche également dans les candidatures spontanées. Il m'arrive de solliciter un candidat plusieurs mois après l'envoi de son CV. "


Alors, plus besoin de CV comme on peut l'entendre dire parfois ? Un bon profil Twitter, une page Facebook bien faite peuvent-ils suffire pour se faire embaucher dans une rédaction ?  Pas si sûr…

" Le CV classique a de moins en moins d'importance, pour Eric Mettout. Mais c'est lui qui nous raconte le parcours professionnel, qui nous dit par qui les journalistes ont été formés, en particulier. Il n'est plus suffisant, mais encore nécessaire " Un avis que Pierre Chausse partage : " Le CV classique reste pratique pour l'entretien… tant qu'il est édité correctement et pas truffé de fautes. Mais je me satisfais d'un simple lien vers un profil en ligne (Linkedin ou DoYouBuzz par exemple), s'il est bien renseigné ".

Quant aux CV originaux, réalisés sous forme d'infographies, de vidéos ou d'animation qui circulent parfois, il semble qu'ils restent tout à fait exceptionnel pour les journalistes qui souhaitent entrer à L'Express ou ou à Metro : " J'en reçois très, très peu. Les journalistes sont des gens très sages, même jeunes ;o)", explique Eric Mettout. Même son de cloche à Metro, sans regret visiblement : " Je n'en vois passer que rarement. Un CV vidéo peut même s'avérer éliminatoire ;-) "

Ce qu'ils regardent en premier ? "Le candidat indique-t-il un compte Twitter et/ou Linkedin en plus de son mail et de son 06"

En 2013, lorsqu'ils recrutent, qu'est-ce que Eric Mettout et Pierre Chausse regardent en premier dans le parcours d'un candidat ? " S'il indique un compte Twitter et/ou LinkedIn en plus de son mail et de son 06, détaille le premier. Ensuite, son parcours: où a-t-il travaillé, avec qui, combien de temps, à quelle époque. Enfin, ses spécialités, thématiques et formelles: a-t-il approché la communauté, sait-il enquêter en ligne, faire une infographie simple, construire un tableau Excel... "

Pour le second, " L'expérience pro et l'appétence pour le Web. La formation vient ensuite. Contrairement à certains, je n'élimine pas d'emblée ceux qui n'ont pas fait une école reconnue. En revanche, je n'accorde pas beaucoup de crédit à un candidat diplômé de certaines écoles privées (dont je ne donnerai pas les noms). Souvent hors de prix et mauvaises formatrices ".

 

Et s'ils devaient donner trois conseils pour se faire remarquer dans l'avalanche de candidatures qui accompagnent désormais chaque annonce ? Eric Metout :
" 1. Mettre en valeur son expérience numérique, quelle qu'elle soit et par tous les moyens. Ce qui veut dire, concrètement, être déjà présent sur les réseaux, notamment.
2. Avoir travaillé avec Johan Hufnagel, Benoît Raphaël, Joël Ronez, Aurélien Viers, Ludo Blecher, Clémence Lemaistre, David Dufresne ou Erwann Gaucher.
2bis. Cibler des profils encore rares et précieux: gestionnaires de communauté, FPE, journalistes de données, vidéastes Web ".


Pierre Chausse : " Arrêtez de mentionner les stages de découverte au collège et montrez que vous connaissez le titre pour lequel vous postulez ! Bien sûr, une recommandation sincère d'un professionnel reconnu peut faire pencher la balance en faveur d'un candidat ".

 






 

 

Par Karine de Bock le 21/01/2013 09:53:25
Cyril V.
Justement je viens d'envoyer des candidatures
| 03/02/2013 | 02:19
Justement je viens d'envoyer des candidatures à des journaux de PQR, par La Poste, enveloppe grand format tarif normal, avec CV, lettre de motivation et photocopies de mes articles rédigés dans des titres de PQR. Tout pour plaire, je devrais rapidement décrocher un poste ! Cyril
Julien J.
| 21/01/2013 | 13:55
Je porte beaucoup d'intérêt aux candidatures spontanées sur Twitter. Certains taxent cette pratique de feignantise. Je trouve au contraire qu'elle démontre une approche maîtrisée des réseaux sociaux et, surtout, que le candidat sait rendre son profil intéressant en 140 caractères.

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