Que se passerait-il si Moody's ou Standard & Poor's devaient noter les quotidiens français, comme les pays, les banques ou les grandes entreprises françaises ?
Après tout, les célèbres agences de notation pourraient tout à fait décider de s'intéresser d'un peu plus près à nos quotidiens. Qu'est-ce que cela donnerait ? Si l'on s'en tient au critère des ventes, qui n'est certes pas le seul pour se faire une idée de la santé de ces entreprises mais en donne une bonne indication, le résultat sur les six dernières années n'est pas fameux.
Le bilan de ce passage au crible aurait de quoi faire frémir. Au final, les agences ne distribueraient au mieux que 6 fois sur 54 la note maximale, AAA, réservée aux quotidiens qui ont vu leurs ventes progresser depuis 2006.
- Le Berry républicain : +15%
- L'Echo Républicain : +11,2%
- Aujourd'hui en France : +4%
- Le Maine Libre : +2,3%
- Les Echos : +2,9%
- Le Télégramme : +0,27%
Pas de quoi pavoiser, donc, surtout que ceux qui reçoivent la note AA (diffusion quasi stable ou en baisse de moins de 5%), sont à peine plus nombreux :
- Le Figaro : -0,3%
- Ouest-France : -1,7%
- Le Courrier de l'Ouest : -2,2%
- La Dordogne Libre : -2,2%
- La Presse de la Manche : -3,6%
Ensuite ? C'est la bérézina, plus ou moins marquée, mais souvent assez impressionnante. A mi-chemin entre l'Italie, le Portugal ou la Grèce...
Pas moins de 18 quotidiens recevraient ainsi la mauvaise note BBB, pour une baisse de diffusion située entre 5% et 10% depuis 2006 :
- L'Eveil de la Haute-Loire : -5%
- L'Est-Eclair: -5,2%
- Libération : -5,4%
- La Montagne : -5,8%
- Le Journal de la Haute Marne : -6%
- Vosges Matin : -6,2%
- Var-Matin : -6,3%
- Le Dauphiné Libéré : -6,5%
- Corse Matin : -7,5%
- Le Journal du Centre : -7,6%
- Sud Ouest : -8,2%
- Le Monde : -8,3%
- L'Eclair des Pyrénées : -8,5%
- Le Populaire : -8,6%
- La Dépêche du Midi : -8,8%
- Centre-Presse : 9,1%
- L'Alsace : -9,4%
- Les Dernières Nouvelles d'Alsace : -9,5%
- Charente Libre : -9,5%
- La Nouvelle République des Pyrénées :-9,6%
Encore en dessous, pas moins de 17 quotidiens, ceux qui ont vu leurs ventes chuter de 10 à 20% depuis 6 ans, récolteraient la note BB :
- Le Progrès : -10%
- Le Courrier Picard : -11,1%
- Midi Libre : - 11,2%
- La Voix du Nord : -11,3%
- Le Journal de Saône et Loire : -11,9%
- L'Indépendant : -12,7%
- L'Yonne Républicaine : -12,9%
- Havre Presse : -13,2%
- Le Républicain lorrain : -13,4%
- Le Petit Bleu : -13,5%
- L'Humanité : -13,5%
- Le Bien Public : -14%
- L'Union : - 14,2%
- Nice-Martin : -14,7%
- Le Parisien : -16%
- La Nouvelle République du Centre Ouest : -16,8%
- La Provence : -16,9%
Encore pire, les quotidiens qui se retrouveraient affublés de la pire note, BB-, celle qui fait fuir les investisseurs, ne sont pas des cas si rares. Sept titres la récolte, dont L'Equipe, qui affichent tous des ventes en recul de plus de 20 %
- L'Equipe : -20,6%
- Libération Champagne : -21%
- Havre Libre : -21,5%
- L'Est Républicain : - 23,7%
- Paris-Normandie : - 23,8%
- Presse Océan : -27%
- La République du Centre : - 28,5%
Un bilan assez catastrophique, on le voit. Et au-delà des nombreux cas particuliers inquiétants, c'est donc bien tout le secteur qui est en recul non-stop ces six dernières années, avec une chute moyenne de 9,3%.
En 2012, la France ne compte donc plus que que 9 quotidiens vendant plus de 200 000 exemplaires par jour. A eux six, ils représentent à peine plus de 3 millions d'exemplaires (et Ouest-France 25% de ce total à lui seul). Bien peu pour un pays de 65 millions d'habitants..
La France, un pays de petits journaux ? Oui, c'est sans doute la conclusion que nos fameuses agences tireraient en constatant que 28 des 54 quotidiens, soit presque l'exacte moitié d'entre eux, vendent moins de 50 000 exemplaires par jour…
Sans doute, dans leurs recommandations, pousseraient-ils le secteur à se restructurer vers une inéluctable concentration de ce paysage morcelé en quelques grands groupes de presse. Avec à la clé, les sacro-saints plans d'économie, restructuration, économies d'échelles et autres dégraissages et plans sociaux.
Mais les agences n'ont pas besoin de s'en occuper. Le mouvement est lancé et dans quasiment tous les quotidiens le programme a commencé à être appliqué. Suffira-t-il ? Pas sûr. Les remèdes des agences de notation n'ont pas toujours porté leurs fruits, loin de là. Alors quand elles sont virtuelles…










