Denis Robert : "Il n'y a même plus de débat, le web est forcément l'avenir du journalisme"


Après une série et un webdoc sur les nouveaux journalistes, Denis Robert travaille à l'un des projets de nouveau site d'infos les plus ambitieux de l'année. Interview.

 

Pendant un an, Denis Robert a donc vécu aux côtés des étudiants en web journalisme de la licence de Metz. Il en a tiré un une série documentaire en six épisodes, diffusée par France 4 doublée d'un webdocu "Journalistes 2.0"  qui ont beaucoup fait parler d'eux.

En même temps, entre un nouveau livre, une expo et un film, il est à la tête d'un des plus ambitieux projets de lancement de site d'info de l'année: infodujour. De quoi lui offrir une place privilégiée, à la fois la tête dans le guidon de ceux qui veulent lancer un nouveau site, et le pas de côté de ceux qui observent la mutation du métier de journaliste. Interview.

 

Faire un documentaire sur les néo-journalistes, c'est simple à vendre aux chaînes de télé ?

Denis Robert : " Non. Le film avait été commandé par Bruno Gaston, qui était le patron de France 4 il y a trois ans et après lui, trois directions se sont succédées à la tête de la chaîne avec des envies et des ambitions différentes pour ce documentaire. Moi je me suis retrouvé au cœur de ce maëlstrom avec un budget minimaliste, autour de 65 000€ par épisode.

L'ambition du film au départ, c'était de s'immerger pendant un an dans la communauté de ces étudiants et de ces professeurs pour raconter la vie de cette promotion, mais aussi de réfléchir sur le devenir du journalisme à l'époque du web. Cet aspect là n'intéressait pas vraiment la chaîne qui préférait s'intéresser aux personnages. Mais au final, on a surmonté cette difficulté, au prix d'efforts, de concessions.

Et au final, je pense qu'on a fait le premier film qui réléchit sur le journalisme qui va un peu plus loin que le ras des pâquerettes habituel. Et surtout, le webdoc est limite plus intéressant que le documentaire télé. Il a été porté surtout par Nina et Tristan, moi je l'ai supervisé et fait le quizz, mais j'aimerais qu'un maximum de gens s'y plongent. Je trouve que c'est un formidable outil pour toutes les écoles de journalisme, pour les étudiants, pour ceux qui veulent devenir journaliste et qui se demandent ce que c'est vraiment que cette profession qui est en perte de repères, en pleine mutation. Ce webdoc est la meilleure réponse à ces questions je pense...

 

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Après un an d'immersion avec ces néo-journalistes, tu en ressors quoi sur la profession ?

Denis Robet : Pour moi, il n'y a même plus de débat : le web est forcément l'avenir du journalisme. On ne peut pas imaginer un journalisme sans web. Sur ce terrain, il y a une bataille à mener, qui est à la fois une bataille de création, d'imagination et d'indépendance, à la fois éditoriale et économique. C'est d'ailleurs intéressant de voir que malgré toutes ces difficultés, malgré cette profonde transformation le journalisme continue de susciter un enthousiasme étonnant. Je l'ai vu quand j'ai passé une annonce de cinq lignes pour trouver des candidats pour le site d'info que nous lançons, nous avons eu 2 000 réponses en quelques jours !

Malgré tout, des modèles économiques commencent à émerger.

 

 

Cela a modifié ton projet de nouveau site d'info d'ailleurs ?

Denis Robert : Oui. Il y a un an, j'étais plus sur un site généraliste financé par de la publicité. Aujourd'hui, j'en suis revenu à l'idée initiale, c'est-à-dire qu'on ne peut pas vivre sans des abonnements. Mais pour faire payer les internautes, il faut créer une communauté, être bon, meilleur que les autres, créer une relation avec ses abonnés en leur apportant ce que les autres médias ne leur apportent pas. C'est à la fois plus intéressant et plus compliqué que ce que j'avais imaginé.

 

 

Où en est Infodujour justement ?

Denis Robert : On a décidé de mettre en ligne un site de souscription, et on a été très mal compris, ce qui est sans doute de ma faute. Les gens ont cru que c'était le site définitif. Nous l'avons fait très vite pour montrer à d'éventuels abonnés et à nos investisseurs un premier jet. Le véritable site infodujour.fr, nous sommes en train de travailler dessus. Une version sera mise en ligne à la rentrée, et va monter en puissance par palier. Nous voulons être prêts le plus rapidement possible, mais notre véritable échéance c'est dans 6 mois, fin 2013, début 2014.

 

 

On a parlé de 50 journalistes salariés et d'un investissement de 15 millions d'euros, est-ce le cas ?

Denis Robert : Au départ, nous sommes trois amis, et nous avons aggloméré un groupe d'une douzaine de journalistes plus maintenant des développeurs et des graphistes. Nous avons vu des investisseurs venir en nombre vers nous ainsi que des abonnés payants. Notre particularité c'est d'être un site généraliste d'info nationale, régionale, locale mais aussi internationale. A terme, l'objectif est bien de constituer une équipe d'une cinquantaine de journalistes salariés, plus une dizaine de développeurs et d'administratifs.

Mais ça, c'est l'objectif à terme, on ne va pas embaucher 50 journalistes du jour au lendemain, nous allons y aller par étape. C'est comme ce chiffre de 15 milions d'euros qui a en effet circulé. Il s'agit du coût du projet pour trois années d'existence si nous n'avions pas de rentrées d'argent, ce qui ne sera pas le cas.

 

 

Infodujour ne sera pas un média centralisé à Paris, sa rédaction sera "éclatée" dans toute la France ?

Denis Robert : Il y aura bien une rédaction d'une dizaine de journalistes à Paris, avec un pôle chargé de l'info Île-de-France ainsi qu'une équipe pour l'info nationale. Sinon, nous allons créer dix pôles en France, avec dans chacun d'entre eux un rédacteur en chef, cinq journalistes salariés et deux ou trois pigistes pour lesquels nous avons prévu un gros budget. Mais bien sûr, ce n'est pas le schéma de départ, c'est ce à quoi nous voulons aboutir.

Mais nous voulons vraiment que le gros de la rédaction soit en région, pour pouvoir traiter toutes ces informations qui sont aujourd'hui complètement oubliés de la presse nationale et même, bien souvent de la PQR.

On compte aussi sur cette organisation décentralisée pour lutter contre le panurgisme médiatique, contre le mimétisme entre chaînes d'infos continues, radios du matin et sites d'infos. Mais cette organisation est entièrement à inventer, c'est inédit, et c'est qui prend beaucoup de temps mais qui est passionnant !

Tout cela a pour objectif de traiter de l'inédit, les infos qu'on ne voit pas ailleurs, et de sortir des infos. Un exemple : la garde-à-vue de Bernard Tapie, c'est nous qui la sortons en premier, tout comme l'argent dilapidé du Conseil d'Île-de-France et les débats avec les écologistes. Pareil sur l'institut des œuvres religieuses du Vatican qui a des comptes à Clearstream.
Pour l'instant nous ne sommes pas très repris, mais on espère bien changer ça et pas seulement sur ce type d'info. Je vois bien le potentiel éditorial, et économique, de notre projet.

 

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Avec ce projet, vous venez concurrencer les quotidiens régionaux ?

Denis Robert : Notre concurrent potentiel, ce n'est pas un quotidien régional, c'est toute la PQR. J'ai d'ailleurs bien vu la crainte qu'a suscité le projet dans la PQR qui est vraiment le dinosaure aujourd'hui. C'est malheureux, et je n'ai aucun regard dédaigneux sur la PQR. Structurellement, les quotidiens régionaux morflent comme jamais ! Pas un seul ne gagne des lecteurs, tout coûte cher pour la faire, les habitudes sont difficiles à changer...

Moi je suis du côté du web aujourd'hui. Si j'étais en PQR, je me dirais que c'est là que tout est à inventer, mais je réfléchirais en même temps à faire un journal plus intéressant. Je crois encore au papier, à la qualité de ce qu'on peut y faire en étant plus créatif ".

 

 


“Les nouveaux journalistes” sur France 4 par Telerama_BA

 

 

 

Par Erwann Gaucher le 18/07/2013 12:12:18
Roger D.
Allez-y !
| 19/07/2013 | 21:27
Votre projet me paraît sympa et votre passé de journaliste d'investigation parle pour vous J'attends avec grand intérêt laz mise en place de toput ceci.Recevez mes encouragements.
Pierre-Marie B.
| 19/07/2013 | 19:41
Bonne idée. J'espère juste que ce ne sera pas un site "participatif" comme ASI, MdP ou Rue89 (pour ne parler que de ceux que je fréquente), où les lecteurs avec leurs commentaires fournissment gratuitement (non, en payant) un volume éditorial de qualité. Car mon principe est maintenant : pas de sousous pas de commentaire. Ou alors, tout le monde est bénévole.
Marie-Thérèse C.
| 19/07/2013 | 18:13
je désire souscrire à nouveau journal - suis à Médiapart.....

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