Ahhh qu'ils ont raison de regarder de haut la jeune génération des journalistes web, nos glorieux anciens.
Qu'ils ont raison de critiquer ces sites qui ont bien du mal à gagner trois euros six sous malgré des audiences qui se comptent en dizaines de millions de visites mensuelles.
Comme ils sont bien placés pour venir faire la leçon à toutes celles et tous ceux qui, aujourd'hui, rament pour se faire une petite place au soleil journalistique avec autre chose qu'un statut précaire.
Combien ils sont légitimes pour regarder d'un oeil dédaigneux les réseaux sociaux et le personal branding que les petits nouveaux de la profession utilisent pour se faire remarquer.
A leur époque, le journalisme c'était autre chose. A leur époque, le journalisme avait des moyens pour bien travailler. A leur époque, on dépensait sans compter. Pour bien le comprendre, il suffit d'écouter Philippe Bouvard, 60 ans de métier au compteur et invité du Tête à tête de Frédéric Taddei sur France Culture :
Oui, journaliste, c'était un métier où l'on avait les moyens. Mais ça c'était avant...
Avant que les générations précédentes ne claquent tous les moyens des journaux dans des sièges luxueux, dans des notes de frais ouvertes et généralisées, dans de nouvelles maquettes réalisées par des designers dont le talent se mesurait au nombre de zéro sur leurs factures, dans des golfs normands (les lecteurs du Canard de cette semaine et les journalistes de ce qu'il reste du groupe Hersant apprécieront), des rotatives toujours plus performantes et coûteuse alors que les paginations fondaient comme neige au soleil, des télés locales qui n'ont jamais fonctionné mais ont creusé des déficits admirables...
Oui, journaliste, c'était un métier où l'on avait les moyens. Mais ça c'était avant... La jeune génération, elle, se démêne sur les ruines. Et elle est priée de révérer ces grands visionnaires qui ont mené la presse là où elle est aujourd'hui.





