Journaliste : un métier luxueux. Mais ça c'était avant...


Les jeunes journalistes, de plus en plus précarisés et travaillant dans des conditions de plus en plus difficiles, adoreront savoir que cela ne fut pas toujours le cas. Pour leurs aînés, journaliste pouvait être un métier luxueux. Mais ça c'était avant...

 

Ahhh qu'ils ont raison de regarder de haut la jeune génération des journalistes web, nos glorieux anciens.

 

Qu'ils ont raison de critiquer ces sites qui ont bien du mal à gagner trois euros six sous malgré des audiences qui se comptent en dizaines de millions de visites mensuelles.

 

Comme ils sont bien placés pour venir faire la leçon à toutes celles et tous ceux qui, aujourd'hui, rament pour se faire une petite place au soleil journalistique avec autre chose qu'un statut précaire.

 

Combien ils sont légitimes pour regarder d'un oeil dédaigneux les réseaux sociaux et le personal branding que les petits nouveaux de la profession utilisent pour se faire remarquer.

A leur époque, le journalisme c'était autre chose. A leur époque, le journalisme avait des moyens pour bien travailler. A leur époque, on dépensait sans compter. Pour bien le comprendre, il suffit d'écouter Philippe Bouvard, 60 ans de métier au compteur et invité du Tête à tête de Frédéric Taddei sur France Culture :

 

 

Oui, journaliste, c'était un métier où l'on avait les moyens. Mais ça c'était avant...

 

Avant que les générations précédentes ne claquent tous les moyens des journaux dans des sièges luxueux, dans des notes de frais ouvertes et généralisées, dans de nouvelles maquettes réalisées par des designers dont le talent se mesurait au nombre de zéro sur leurs factures, dans des golfs normands (les lecteurs du Canard de cette semaine et les journalistes de ce qu'il reste du groupe Hersant apprécieront), des rotatives toujours plus performantes et coûteuse alors que les paginations fondaient comme neige au soleil, des télés locales qui n'ont jamais fonctionné mais ont creusé des déficits admirables...

 

Oui, journaliste, c'était un métier où l'on avait les moyens. Mais ça c'était avant... La jeune génération, elle, se démêne sur les ruines. Et elle est priée de révérer ces grands visionnaires qui ont mené la presse là où elle est aujourd'hui.

 

 

 

Par Erwann Gaucher le 15/02/2013 08:26:56
Arnaud B.
| 18/02/2013 | 09:07
Tout à fait d'accord avec Dominique H et dans le même cas. Sans compter les retraités qui continuent à travailler pour rien ou presque et les jeunes ou les non pros qui jouent aux reporters lorsqu'ils ont des congés et se font payer en Agessa ou simples chèques. Quand je pense qu'à Paris, il y a des brigades qui chassent le faux taxi ...
Marc B.
| 15/02/2013 | 21:47
Bonjour à tous,. Avec de jolis mots, Nicolas évoque «la notion de contexte, l'évolution économique et technologique, l'appét[e]nce changeant[e] du lectorat, à laquelle la presse papier ne peut pas grand-chose". Pour conclure que -so what ?- les journalistes n'ont pas déconné. Que la porte de sortie sera technologeek ("flux","rapidité"). A mon avis, c'est le travail journalistique qui s'est éloigné de son contexte. Pas du contexte technologique et économique (l'affaire des dirigeants d'entreprise de presse, qui ont manifestement déconné eux aussi, bien d'accord). Je parle du contexte des lecteurs de la presse papier payante, la PQR en particulier. Les aides publiques ont entretenu l'illusion que "ça passerait", même en, vase clos. Comme nos vieux lecteurs, qui achetaient la feuille chaque jour (pire, s'abonnaient) et la lisaient de A à Z. Quitte à conclure qu'«on y apprend rien», qu' «on parle toujours des mêmes». Et quitte, suprême plouquerie, à rejeter l'écriture un peu snob des gonzo-chroniqueurs-rock-bas-de-gamme-qui-ont-vu-un-film-d'Audiart, nouveaux notables de nos agences rurales. Ces vieux lecteurs, peu à peu, sont partis. En retour, ils sont devenus la cinquième roue des études de lectorat PQR, au profit d'une cible jeune et… insaisissable, c'est bizarre. Heureusement, il suffira de faire pareil mais plus : plus de flux, de viral, de buzz. Comme ceux qui nous ont remplacés, réseaux sociaux, Yahoo Actu, etc. Cette guérilla, les rédactions conventionnelles la perdront. Au passage, elles auront reconnu qu'une info en vaut une autre, à condition d'être diffusée pareil. Et que leur ancien statut ne tenait pas à un savoir-faire journalistique (au delà du style d'écriture hip, des infos assez bonnes pour convaincre les gens concernés par la publication qu'acheter le journal est une nécessité… Certains y parviennent, y compris en PQR). Non, on aura alors prouvé pour de bon que notre statut était le fruit d'un contexte technologique et économique favorable (il faut des millions pour faire un média), privilégié (c'est nous les gars qui écrivons là-dedans), mais un contexte qui n'existe plus. Pardon d'avoir été si long, bonne continuation et bon courage
dominique h.
| 15/02/2013 | 12:29
N'étant pas de cette nouvelle génération, puisqu'ayant dépassé de peu les 50 ans, je n'ai pourtant jamais eu l'impression d'être privilégiée. Bien au contraire : je connais depuis 30 ans la "course" au règlement des piges (même régulières...), la mauvaise foi d'un groupe de presse qui après 9 ans de bons et loyaux services refuse malgré moult lettres RAR de m'adresser une attestation ASSEDIC (après un licenciement économique, quand même...) et qui ignore superbement la loi Cressard. L'âge apporte expérience, culture et plein d'autres choses moins drôles. Mais c'est aussi un frein à l'embauche, puisqu'il y aura toujours de "jeunes" journalistes acceptant de casser le prix du feuillet, à la plus grande satisfaction de certains directeurs de publications qui vous déclarent tout de go, un sourire carnassier aux lèvres (violacées par l'abus de grands crus) et quasi la larme à l'oeil (mais c'est juste un taux de cholestérol trop élevé) : " Chère Madame, j'ai des gens qui se battent pour écrire GRATUITEMENT dans mon magazine, juste pour avoir leur signature en bas d'un article !"

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