Alors ça y est, les journaux belges ont réussi à faire céder, et payer, le géant Google ? Hourra dans les rédactions, victoire du petit Poucet et espoir pour les éditeurs français dans leur bras de fer. Google a donc plié. Ou pas.
Ce matin, face aux nombreuses réactions provoquées par l'article publié hier soir sur le LeMonde.fr, Google Belgique et les éditeurs de presse francophones ont décidé de tenir une conf call en présence des journalistes spécialisés. Objectif affiché : bien faire comprendre que Google n'a en aucun cas versé une quelconque indemnité ou taxe aux éditeurs belges pour utiliser leurs contenus.
L'enjeu est de taille : pas question pour Google de laisser croire qu'ils ont accepté d'ouvrir une brèche dans leur position jusqu'ici sans faille et qui peut se résumer par les derniers mots de son communiqué publié ce matin : Google ne paiera pas, et les " éditeurs restent libres, en ajoutant simplement quelques lignes de codes, de ne plus être présents sur Google Recherche ou Google Actualités. Ils sont également libres de rendre payant l’accès à leurs articles référencés par le moteur de recherche Google ".
Alors, de quoi s'agit-il réellement dans cet accord ?
Si les éditeurs belges, représentés notamment par François Le Hodey, ont confirmé qu'ils avaient bien touché une somme de la part de Google, ils ont d'abord réfuté que celle-ci se base sur un pourcentages du chiffre d'affaire des journaux : " Nous n'avons jamais parlé d'un pourcentage de notre chiffre d'affaires, cela n'a jamais été évoqué au cours de nos nombreuses discussions, je le conteste formellement et définitivement", explique François Le Hodey. Mais si la base du calcul est contestée, la somme, elle, n'est ni confirmée ni réfutée...
Google aurait donc bien payé, mais attention : il ne s'agit en aucun cas d'une indemnité ou d'une taxe pour avoir utilisé les contenus des éditeurs. " Cet accord clôt un litige judiciaire et met en place une nouvelle façon de collaborer entre Google et les éditeurs belges ", expliquent les deux parties en chœur. Et la somme versée par Google n'est que l'épilogue des procédures judiciaires entamées en 2006, ne l'engageant pas à payer chaque année.
| Cet accord clôt le combat judiciaire entamé entre Google et les éditeurs belges depuis 2006. Mais ce n'est en aucun cas une taxe régulière versée par Google |
En clair, Google n'a pas payé, ne veut pas payer et ne paiera pas de taxe aux journaux pour indexer leur contenu. Ni en Belgique, ni ailleurs. C'est en tout cas le message que Google veut faire passer, rappelant aux éditeurs français, allemands et italiens que s'ils ne veulent pas que Google l'utilise, ils s'en retirent... comme les éditeurs belges l'ont fait en 2006 avec Google News. Cet accord belge vient simplement mettre fin à la procédure judiciaire en cours depuis 6 ans entre Google el les éditeurs sur la violation du droit d'auteur.
Google "rembourse" les éditeurs des frais de justice, y ajoutant sans doute un petit bonus au passage, le combat dans les tribunaux s'arrête et les deux parties essayent de collaborer sur des solutions de monétisation pour les éditeurs : achat publicité, système de paywalls, optimisation du référencement...
De quoi doucher les espoirs naissants des journaux français. Comme Thierry Geerts, directeur général de Google Belgique, et François Le Hodey, réprésentant des éditeurs belges, l'ont souligné tous les deux à plusieurs reprises, la situation n'est pas du tout la même dans les deux pays. En Belgique, les éditeurs se sont retirés de Google news et on gagné leur procédure au tribunal.
En France, les éditeurs veulent le beurre (en restant indexés sur Google News pour gagner de l'audience), l'argent de Google, et n'osent pas aller devant les tribunaux pour renforcer leur position mais optent pour le lobbying politique dans les couloirs de l'Elysée et des ministères. Deux façons de faire, et visiblement, la méthode belge est plus efficace.
Même si, comme le rappelle le représentant des éditeurs : "cet accord ne sauvera pas la presse Belge. Mais nous jetons les bases d'une collaboration pour essayer d'être plus efficaces ensemble ". Pas de quoi crier sur les toits que Google a plié, en effet.






