Cela faisait quelques jours que le bruit commençait à courir, mais c'est Xavier Ternisien qui a sorti l'info sur LeMonde.fr ce mercredi 12 décembre au soir. Quelques heures avant que ne soit diffusé le communiqué de presse, daté du 13 décembre, préparé par les éditeurs de quotidiens belges pour annoncer LA nouvelle : ils ont réussi à faire plier le géant Google en le faisant payer !
Qu'est-ce que dit cet accord ?
Impossible à savoir exactement pour le moment. Car s'il va sans doute être salué par tous les acteurs comme une grande victoire, l'accord entre les éditeurs de quotidiens, la société des journalistes (SAJ) et Google n'était pas censé être rendu public. Interrogé hier, un acteur proche du dossier en avait confirmé les grandes lignes, sans pouvoir rentrer trop dans le détail : "cela a été signé au début du mois, ce sont François Le Hodey et Bernard Marchant qui en ont été les principaux négociateurs. Mais personne ne veut en parler, la clause de confidentialité qui encadre cet accord semble blindée.
L'accord repose sur un règlement des droits d'auteurs, avec à la clé un montant assez élevé, mais pas de quoi sauver la presse belge ! Ce qui est intéressant, c'est que Google s'engage aussi à promouvoir les contenus payants des quotidiens belges qui auront la possibilité de mettre en avant les contenus de leur choix. Les journaux se retrouvent avec une sorte de ligne de crédit adwords en somme ".
| Google s'engage aussi à promouvoir les contenus payants des quotidiens belges qui auront la possibilité de mettre en avant les contenus de son choix. Les journaux se retrouvent avec une sorte de ligne de crédit adwords en somme ". |
Selon les informations du Monde.fr, le montant de l'accord s'élèverait donc "entre 2 % et 3 % du chiffre d'affaires" de la presse belge francophone, soit près de 5 millions d'euros. Une échelle confirmée par un proche du dossier.
Qu'est-ce que cet accord change ?
Pas grand chose, et beaucoup à la fois.
Pas grand chose car les sommes sur lesquelles Google s'est engagé ne sont pas assez importantes pour permettre aux journaux concernés de trouver un second souffle numérique. C'est d'ailleurs l'un des reproches principaux fait aux tenants d'une loi Google en France depuis que le projet a été rendu public : au mieux, elle ne permettrait de rapporter que quelques dizaines de millions d'euros. Une goutte d'eau dans un océan de pertes et de déficits.
Beaucoup car c'est une première brèche dans la défense sans faille de Google : on ne paiera pas. De quoi redonner espoir aux éditeurs allemands, français ou itlaiens dans leur combat pour faire payer le géant.
Les journaux français peuvent-ils obtenir le même accord ?
Rien n'est gagné de ce côté. Il va d'abord falloir observer la réaction de Google qui souhaitait que cet accord reste secret, pour ne pas donner d'idées aux autres éditeurs. Cela va-t-il pousser la firme à reculer ou à ouvrir des négociations ?
Mais surtout, la victoire des éditeurs belges est l'aboutissement d'un combat de 6 ans et s'est construite sur des bases juridiques plus solides que les revendications actuelles des journaux français. Si Google a conclu un accord avec les quotidiens d'outre-Quiévrain, c'est d'abord parce que ceux-ci avaient obtenu une condamnation de Google devant les tribunaux belges. C'est la fameuse affaire "Copiepresse", du nom de l'association qui défend les intérêts de la presse francophone, qui avait attaqué l'entreprise pour violation du droit d'auteur et avait gagné.
Face à une condamnation et une lourde astreinte quotidienne, Google avait commencé par déréférencer les quotidiens belges en juillet 2011. Ceux-ci avaient alors entamé des négociations qui viennent visiblement de porter leur fruit.
Conclusion : les journaux français doivent-ils d'abord réussir à faire condamner Google pour ouvrir de vraies négociations et obtenir, peut-être, un accord à l'image des belges ? Si tout cela se fait à la même vitesse, rendez-vous en 2018. Quels quotidiens seront encore sur les rangs pour se partager les quelques millions lâchés par Google ?





