La question est un peu raide, mais elle est pourtant d'actualité : Libération sera-t-il le prochain sur la liste des quotidiens à abandonner le papier pour se consacrer exclusivement au numérique ?
L'hypothèse peut paraître folle. Pourtant, tous les éléments sont là, et le temps presse. Les derniers chiffres de diffusion du quotidien pour le mois d'octobre sont tout simplement catastrophiques. Le mois dernier, Libé a encaissé une basse de diffusion de 10,76%. Seule l'édition dominicale de L'Equipe souffre encore plus (-20,69%), mais la situation des deux entreprises n'est pas vraiment la même...
En octobre, Libé a donc vendu en moyenne 115 191 exemplaires par jour. Et bat ainsi avec son record de ses plus mauvais résultats des six dernières années, lorsque les ventes les plus basses avaient été atteintes en 2009 avec 115 634 exemplaires vendus chaque jour.
Le détail de ces ventes ne donne pas beaucoup de raisons d'espérer. Les ventes au numéros sont au plus bas, avec seulement 41 437 exemplaires vendus chez les marchands de journaux de la France entière tandis que les abonnements livrés par La Poste ou par portage restent désespérement stables.
Les abonnements aux tiers ont eux quasiment fondu de moitié en un an, passant de 1 749 en novembre 2011 à 1 085 en octobre 2012.
Chaque jour, Libé se rapproche donc un peu plus du seuil au-delà duquel la situation deviendra intenable. Et l'a déjà peut-être atteint. Le seul chiffre qui peut redonner un peu d'espoir à Libé est à trouver du côté du numérique. Avec près de 20 milions de visites mensuelles, le site du journal se porte bien, et les ventes numériques grimpent en flèche. En un an, elles ont progressé de 75%. Une belle montée en puissance, mais les chiffres restent pour le moment trop modestes pour compenser les pertes que le papier engrange chaque jour : 10 242 versions numériques de Libé sont écoulées quotidiennement.
Chaque semaine, Libé s'enfonce un peu plus dans le paradoxe qui a déjà été fatal à de nombreux journaux : une version papier toujours aussi coûteuse à produire et à distribuer (les multiples grèves des dernières semaines chez Prestaliss ne faisant que fragiliser un peu plus cette situation), se vendant de moins en moins, et de l'autre côte, une version numérique qui progresse, mais dans des proportions insuffisantes pour compenser les pertes du papier.
C'est pourtant bien dans cette direction que le journal, sous la houlette de Nicolas Demorand, veut trouver son salut. Le 26 novembre, comme le rapporte Xavier Ternisien dans Le Monde, le directeur de Libé présentait son plan stratégique devant le comité d'entreprise. Son ambition, donc : inciter les lecteurs réguliers à s'abonner, puis les diriger vers le numérique. Le lancement, la semaine dernière, de l'application Facebook permettant de lire gratuitement le journal grâce à un annonceur va totalement dans ce sens.
Mais n'est-il pas déjà trop tard ? Cette stratégie peut-elle encore sauver le papier ? Rien n'est moins sûr. Même si tous les efforts se déploient vers l'offre numérique et que la progression reste aussi importante de ce côté, il faudra au moins trois ans pour acter le simple transfert des ventes du papier vers le numérique. Le journal peut-il attendre aussi longtemps ? Ces derniers mois, les interrogations étaient claires, Libé allait-il "passer l'hiver" et réussir à payer sa dette de sauvegarde de 1,8 millions d'euros. Le promoteur immobilier Bruno Ledoux s'étant engager à verser 1,4 millions d'euros, le danger est repoussé. Mais de quelques mois seulement.
Si les ventes du papier continuent de chuter aussi vite, Libé risque fort de devoir se poser, à son corps défendant, la question de son édition papier. 2013 sera pour cela une année décisive. Si le journal ne parvient pas à stopper la chute de sa diffusion papier tout en gardant une progression de ses ventes numériques de l'ordre de 50% à 75%, rien ne dit que Libé continuera à être imprimé chaque jour.









