Elle est comme ça, Sabine Torres, la jeune patronne de Dijonscope. " Je n'ai jamais su me taire " expliquait-elle dans une interview en 2008. Désormais à la tête de l'un des tous premiers média local indépendant et 100% web, elle n'a rien perdu de son caractère et de sa capacité à dire tout haut ce que pas mal de journalistes pensent tout bas.
Et ce lundi 7 novembre, elle a décidé de dire merde à la publicité, ou presque. Dans un édito publié sur le site, elle annonce en effet la disparition pure et simple de la pub sur son site. " Depuis un moment, ça me chiffonnais, explique-t-elle. Nous les médias, on n'a tellement plus confiance en nous, en ce que nous faisons, que nous sommes comme un restaurant qui se met à vendre les nappes et les tables parce qu'on ose pas dire aux clients que le repas est payant. Quand j'ai lancé Dijonscope il y a deux ans, c'était pour proposer un autre média local, un média indépendant et exigeant, pas pour passer mon temps à courir après les annonceurs pour faire rentrer un peu d'argent dans les caisses et espérer être à l'équilibre ".
Un équilibre qui, pourtant se rapprochait, pour ce site qui emploie cinq journalistes à temps plein en CDI ainsi que cinq pigistes : " en 2010, nous avions un déficit de 60 000€, en 2011 nous devrions avoir environ 15 000€ de pertes seulement, nous sommes sur le chemin de l'équilibre sans problème pour 2012 "
| C'est une question de cohérence, nous avons lancé Dijonscope pour proposer de l'information indépendante, par pour courir après les annonceurs Il faut que nos lecteurs comprennent que cela à un prix |
Et pourtant, voila la jeune patronne qui claque la porte au nez de ses annonceurs qui, chaque mois, rapportaient entre 10 000 et 15 000€ de chiffre d'affaires au site : " C'est une question de cohérence. Nous avons de plus en plus de pression d'annonceurs qui prennent mal certains articles, notamment du côté des institutionnels. Maintenant, il est temps d'aller vraiment au bout de notre projet, et de rappeler aux 125 000 visiteurs qui viennent sur notre site chaque mois que l'information indépendante à un prix. Et que ce n'est vraiment pas grand chose, même pas le prix d'une bière par mois ".
A partir du 1er décembre, pour lire les informations proposées chaque jour sur Dijonscope il faudra donc s'abonner pour 5€ par mois, " soit 20 centimes d'euros par jour. Notre lectorat est principalement composé de 30/50 ans CSP+, ce n'es donc pas un prix qui peut les bloquer ".
Un modèle "à la Médiapart", un parrainage que revendiquent haut et fort Sabine Torres et la rédaction du site (les deux sites sont partneaires et Edwy Plenel avait pris fait et cause pour Dijonscope qui était opposé au quotiden le Bien Public au tribunal), mais qui est une première dans l'info locale. Une première forcément risquée donc : " Bien sur que nous prenons un risque. Dans 6 mois, je ferai peut-être un autre métier, mais il faut le faire, le boulot des journalistes n'est pas de courir après la pub pour espérer survivre. Quitte à ce que cela soit difficile, il faut au moins que cela soit grâce à nos articles ! Et puis franchement, nous sommes assez fiers d'être les premiers à essayer ".
| Nous nous donnons 6 mois pour convaincre 3 500 abonnés à 5€ par mois, même pas le prix d'une bière. C'est un pari un peu fou, mais c'est faisable ! |
Pour lire les infos de Dijonscope, il faudra donc payer à partie du mois prpchain. 5€ par mois pendant 1 an, ou 50€ en une seule fois, ou 90€ pour deux ans. Objectif affiché pour que Dijonscope relève ce nouveau pari : " Il nous faut entre 3 500 et 5 000 abonnés. C'est faisable sur un bassin dijonnais de 300 000 habitants " . Pari d'autant plus tenable que Dijonscope s'est déjà construit une confortable audience avec 85 000 visiteurs uniques, 125 000 visites pas mois et 7 000 abonnés à sa newsletter. Mais pari risqué malgré tout : " On nous dit que c'est un peu fou ? On nous a dit la même chose il y'a deux ans quand nous nous sommes lancés dans l'aventure Dijonscope, et pourtant nous avons réussi. C'est quitte ou double, une nouvelle fois ".
Non, décidément, deux ans après le lancement de son site, Sabine Torres n'a toujours pas appris à se taire. Et c'est tant mieux.


